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Monsieur le Président de la République, Madame la Ministre de la Culture, Mesdames, Messieurs les députés et membres de la commission audiovisuelle, Mesdames, Messieurs les Directeurs de chaînes de télévision,
Publié le

Les programmes ont un prix.
Un juste prix.
Celui de la création, de la production, de la mise en oeuvre de talents, du savoir-faire; celui qui permet de rémunérer décemment des personnels pour leur travail, qui permet aux entreprises de production de faire des bénéfices et d’investir sur l’avenir.
Bref, un juste prix qui permet d’alimenter tout un secteur économique.
Mais aujourd’hui - parmi des diffuseurs en situation d’oligopole - quels sont ceux qui payent encore ce juste prix ? A vrai dire, sans le CNC, les régions, la Procirep, et les aides et subventions diverses et variées, la production française, notamment dans le domaine de la fiction et du documentaire, n’existerait plus.
Car aujourd’hui rares sont les diffuseurs qui payent leur programme à leur juste prix. Depuis plusieurs années, à chacune de ses réunions mensuelles, les membres de la Commission d’attribution des aides sélectives du COSIP – formidable observatoire des réalités du secteur et constituée de professionnels (auteurs, réalisateurs, producteurs) issus de tous horizons - remarquent la diminution critique des investissements des chaînes.
En cette rentrée décisive pour l’audiovisuel public, les signes sont désormais alarmants ! Nous ne pouvons que le constater, France Télévision n’a pas les moyens des ambitions de ses programmes sur ses chaînes principales, et sous-payent les programmes conçus pour ses antennes régionales et outre-mer, reportant ainsi sur toute la chaîne de production un sous-financement chronique. Du côté du privé, les groupes qui se sont constitué ces dernières années profitent de leur situation de quasi-monopole pour imposer aux producteurs indépendants des préachats ou des coproductions à des tarifs au-dessous des réalités de production.
Certes leurs apports sont parfois plus conséquents mais en échange de contraintes éditoriales extrêmement fortes et restent en dessous des réalités de la production.
Il semblerait que rien ne va changer puisque TF1 annonce pour 2009 une diminution drastique de son coût de grille.
C’est un comble lorsque l’on sait que ses recettes publicitaires devraient mécaniquement augmenter dans les prochains mois, du fait de l’autorisation de la deuxième coupure publicitaire. Et que dirons-nous demain, quand les diffuseurs, pour défendre le concept de média global, bloqueront quasiment tous les droits liés à un programme empêchant la circulation des œuvres, hors de leur groupe, et donc enlèveront ainsi aux producteurs la possibilité de financement complémentaire sur le second marché français. Aucune explication ne tient.
Quelle que soit la chaîne, l’audience, le support de diffusion ; quelle que soit la programmation - matin, après-midi, prime-time, première partie de soirée, deuxième partie de soirée - il faut admettre qu’un programme coûte toujours le juste prix à fabriquer.
Nous sommes face à une aberration qui s’accentue.
En dehors des « divertissements » et des magazines non culturels, les programmes ne sont plus payés par leurs commanditaires.
Aujourd’hui, le COSIP, les subventions régionales, le crédit d’impôt, etc...
qui devraient être des bonus ou des incitations, sont de facto des minimums indispensables à la fabrication d’un programme - ils représentent même en réalité souvent plus de 40% des plans de financements.
Si nous acceptons de considérer que quelques chaînes locales et/ou indépendantes peuvent constituer des exceptions qui permettent de faire exister des films trop singuliers et des premières œuvres en revanche nous soulignons que si notre Commission prenait en compte la crédibilité de l’apport des chaînes dans les critères d’attribution de ses fonds, plus de la majorité des programmes ne seraient pas soutenus par le COSIP et ne seraient donc jamais mis en production. Toute une industrie de petites et moyennes entreprises est en train de s’effondrer.
Les grands groupes du secteur de la production audiovisuelle bradent leurs oeuvres et courent après le volume pour compenser un sous-financement.
Les producteurs indépendants qui récupèrent les miettes « tirent la langue » quant ils ne sont pas contraints d’abandonner des projets à forte valeur créative.
Et que reste-t-il alors pour les auteurs, réalisateurs, techniciens, fournisseurs devenus malgré eux des variables d’ajustement. Alors comment faire pour sortir de cette situation, pour retrouver un dynamisme du secteur, des économies de production réalistes ? De économies qui visent la valorisation d’un tissu industriel, la pérennité d’une économie à long terme, plutôt que les résultats financiers et la santé boursière ( ! ) de quelques grands groupes industriels. Si l’idée de supprimer la publicité sur les chaînes publiques et de remettre en cause les décrets de production, sont bien des décisions politiques, elle doit s’accompagner de moyens financiers réalistes qui permettront à ces diffuseurs de tenir leurs ambitions de grille mais celles aussi de tout un secteur.
Quels sont les moyens dont nous disposons ? Affamer les diffuseurs en refusant désormais de produire soutenir - à ces tarifs ? Impossible, ce serait aussi condamner une grande majorité des producteurs à fermer leur entreprise et mettre au chômage des milliers de salariés ? Aucun producteur, aucun organisme de soutien ne peut prendre une telle responsabilité.
Deuxième option, nous résigner… ? Non.
Car c’est là que doit intervenir le politique.
Or la non-intervention du pouvoir politique dans les accords producteurs-diffuseurs montre bien que sans l’État, seule la loi du plus fort l’emporte au détriment de la création, et d’un risque de désintégration d’un secteur industriel important économiquement et fondamental culturellement. Le financement suffisant de France Télévision est capital.
Nous sommes tous attachés à la qualité et à la place de l’audiovisuel public.
Si ces chaînes achètent au juste prix, elles attireront naturellement à elles en priorité les propositions des producteurs, et auront toutes les chances de bénéficier des meilleurs programmes.
Les chaînes privées pour les concurrencer, seront contraintes elles aussi de réajuster leurs tarifs.
L’amorce d’un cercle vertueux ? Une solution parfaite ? Certainement pas, mais au moins la télévision publique donnerait l’exemple et tirerait vers le haut tout le secteur.
Payer les programmes au juste prix, c’est parier sur l’avenir.
Pas seulement des chaînes, mais de toute une économie.
C’est conserver et renforcer un tissu industriel et créatif.
C’est alimenter une machine qui fait vivre des milliers de foyers français.
C’est donner du punch à un secteur qui progresse à l’exportation.
C’est éviter que nos talents ne se résignent ou s’exilent.
N’oublions jamais que la culture est un lien social fondamental dans une démocratie. Privé ou public, l’audiovisuel français est à un tournant essentiel de son évolution, nous sommes prêts à échanger, à faire partager nos expériences, et tenons à en rester des acteurs enthousiastes. Les membres de la Commission du COSIP signataires : Charles-Antoine de Rouvre – Président – Réalisateur Bénédicte Lesage – Vice-présidente - Productrice Blanche Guichou - Productrice Carole Bienaimé – Productrice Samir Oubechou – Auteur Antoine Martin – Producteur Valery Gaillard – Réalisateur
 


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