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EDUCATION RADICALE 
La journée de la jupe - La critique

Publié le 9 février 2009

Une confrontation d’idées sur la jeunesse et l’intégration, aussi brutale qu’essentielle, qui réhabilite le talent incroyable d’Adjani à l’écran.
Tout simplement bouleversant. L’argument : Sonia Bergerac, une professeur de collège difficile, fragilisée par l’attitude agressive de ses élèves, se retrouve face à une arme durant l’un de ses cours de théâtre.
Mais, au lieu de faire intervenir le principal et la police, elle se retranche dans sa salle prenant ses élèves en otage. Notre avis : Adjani enfin réhabilitée à l’écran.
Après une décennie passée à l’ombre de sa gloire, l’ancienne icône revient au plus fort de son talent, là où on ne l’attendait pas, un téléfilm tourné dans le plus grand secret sur l’éducation, l’intégration et les dérives d’une jeunesse en souffrance qui paradoxalement se complaît dans la victimisation.
Le choix d’Adjani ne relève pas de l’évènementiel, du blockbuster friqué pour restaurer son statut prétentieux de star, mais d’un choix artistique et humain fort, qui permet à la comédienne de recentrer ses priorités, qu’elles soient dramatiques ou sociales.
Presque un devoir pour l’artiste connue pour son engagement sans faille, souvent tournée en dérision par des cyniques qui devraient aller jeter un coup d’œil à son jeu éloquent de prof au bord de la crise de nerf.
Actrice de l’intelligence, elle se met à nu, plus que jamais, sans compromission.
Elle s’offre au script à thèse de Jean Pierre Lilienfeld (jadis réalisateur d’une comédie pour ados à la American Pie) qui n’est pas là pour caresser la société dans le sens du poil.
Ses propos, d’une clairvoyance douloureuse, sont comme un coup de poing dans la gueule d’un monde où chacun se complaît dans l’aveuglement et le chaos.
Portrait de banlieues grises au bord de l’implosion, le film décrit tout d’abord le microcosme scolaire comme le lieu de toutes les précarités, notamment psychologiques.
Des profs qui craquent, des enseignants démagos (par peur ?) qui se la jouent potes avec les élèves, un principal tiraillé entre les directives rectorales et la réalité physique et mentale de ce qui se passe dans son établissement, et des mômes au comportement intolérable, qui agissent dans l’impunité, puisque de toute façon s’il fallait en virer un, tout le monde serait exclu.
Le climat est propice aux rancœurs, aux haines et aux violences, qu’elle soient physiques, verbales, racistes, sexistes et sexuelles.
Jusqu’à l’incident de trop, la découverte d’un flingue dans le sac d’un élève, qui fait craquer la fragile prof de français, incarnée magistralement par Adjani.
Son cours de théâtre sur Molière tourne à la prise d’otage.
Soudainement dans l’improvisation, armée du pistolet hors-la-loi, la prof confronte alors ses idées - que d’aucuns qualifieraient d’extrême ou de ridicule (voir la remarque du ministre de l’intérieur face à sa revendication d’ « une journée de la jupe ») - à celles des mômes séquestrés, aux arguments de mauvaise foi, qui dissimulent de lourds secrets.
Le grand déballage de vérités, bien loin des simples joutes verbales du déjà prenant Entre les murs, sous le coup de la colère, de la peur et de la panique, fait inexorablement monter la tension vers un paroxysme.
Pendant ce temps, les autorités sur le seuil de la répression sont prêtes à tout pour éradiquer le problème - celui de l’enseignante gênante, pas celui plus large d’une société en déliquescence, où les politiques refusent inlassablement le dialogue. La journée de la jupe en abordant l’échec éducatif et la sauvagerie d’élèves détruits par un contexte qu’ils n’ont pas choisi, souligne surtout l’échec des politiques sociales et urbaines, et le désastre de l’intégration à la française, synonyme d’un communautarisme dangereux, d’une ignorance et d’une intolérance crasses.
Lilienfeld décrit ainsi une nation dans la régression, n’épargnant jamais les nouveaux bourreaux qui aiment se placer en victime, des ados qui récupèrent les discours extrémistes sans maîtriser un dixième des tenants et des aboutissants de situations qui leur échappent complètement, alors que les vraies victimes, à l’école, vivent dans le silence et la tourmente de tournantes, d’insultes à répétition et de passage à tabac filmés.
Alors que deux, trois situations et quelques dialogues finauds évacuent quelques instants le drame, la balance tend inlassablement vers le tragique, signe annonciateur d’une révolte sociale prochaine.
En conclusion, remercions le distributeur Rezo Films, qui a eu l’excellente idée de sortir ce téléfilm en salle (il sera néanmoins diffusé quelques jours avant sa sortie sur une chaîne de télévision).
D’une force émotionnelle incroyable, ce drame bouleversant, porté avec dévotion par Adjani, extirpe les larmes des yeux comme peu d’œuvres cinématographiques ont réussi à le faire jusqu’ici : dans la réflexion et le désespoir social, plus que dans le pathos sordide.
 


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